La tectonique des matières 


   
Plasticienne et mosaïste, peintre et sculpteur, Sylvie Guyomard interroge la matière avec, pour fil conducteur, la nature et une quête de la lumière. L’art et la manière de sublimer les matières.

Il y a eu le temps des mosaïques de marbre. Puis ce fut l’ardoise et, aujourd’hui, le métal. Ce glissement progressif des matières caractérise l’évolution de la démarche de création de Sylvie Guyomard, née en 1964 et diplômée de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris en peinture art mural. Plasticienne, mosaïste, peintre et sculpteur, elle invente des paysages abstraits. Des surfaces de contemplation où « le spectateur devenu acteur s’approprie l’œuvre selon son imagination ».

Après avoir été pendant près de 15 ans l’assistante du peintre et sculpteur Louis Cane, membre du mouvement artistique Supports/Surfaces, elle trouve sa voie personnelle dans la création de fresques en mosaïques de marbre. Son admiration pour l’œuvre du peintre Pierre Soulages et son travail sur la réflexion de la lumière sur les surfaces du noir la mène vers l’utilisation de l’ardoise. La matière minérale va du gris clair jusqu’au noir pur. Son fil conducteur ? La nature, dans l’effervescence originelle de ses expressions telluriques : éruptions des volcans, magma qui émerge, failles et dérive des plaques tectoniques, strates géologiques disloquées, roches sédimentaires qui renferment la mémoire de la Terre. La poésie minérale de ce voyage imaginaire au centre de la Terre vise à extraire le mouvement perpétuel de la lumière au cœur même de la matière. « Je taille et je sculpte un à un les fragments d’ardoise pour créer des aspérités, des vibrations, des jeux de lumières. L’ardoise peut refléter ou résorber la lumière. Le moiré et les contrastes de noir font oublier que c’est de l’ardoise. Un pigment noir permet de rendre les joints invisibles afin que le regard glisse sur la matière. » La lumière devient matière. Celle qui avait rêvé d’être décoratrice est sollicitée par les grands décorateurs pour réaliser des pièces uniques et monumentales dans le cadre de chantiers privés de prestige de Moscou à Saint-Tropez en passant par Val d’Isère.

Mais sa recherche ne s’arrête pas là. « Tout doucement, je suis passée de l’ardoise au métal. Je cherche des pièces qui ont une histoire. L’inscription du temps dans la matière me fascine », dit-elle. Elle récupère des tôles oxydées par le temps et la nature, des fûts en métal. Elle découpe au laser d’anciens camions militaires datant de la guerre. « J’oxyde les tôles pour attaquer la matière. Je m’intéresse aussi au travail de la rouille qui décompose le métal et le transforme en dentelle fragile. Et je superpose les matières. » Ce sont ces pièces où le métal et l’ardoise dialoguent que l’on découvrira en janvier prochain. « La suite ? J’aimerais prendre le temps de peindre pour me ressourcer. »www.sylvie-guyomard.com

CRAFT, métiers d'art